Ta bd représente pour moi une sorte de tour de force car tu as réussi à me séduire avec un genre qui ne m'attire pas. Il est évident que le processus est en cours. Le dessin évolue lui-même pour gagner en subtilité dans les dernières planches (recherche plus approfondie sur les poses, expressions, personnages secondaires et une douceur plus affirmée dans le trait qui rend l'ensemble moins statique, plus sensuel dans le traitement, plus mélancolique aussi, ce qui sert mieux ton propos). Si la trame est définie, le rythme et la progression narrative de ton récit sont en cours d'affinage. Je n'adhère pas aux critiques sur la lenteur de l'histoire. Et pourtant, Dieu sait que normalement j'aime l'action et le gros gag qui tache :-) Ici, la lenteur sert le propos. Elle est justifiée. Elle participe à l'effort de mémoire et à la valorisation de l'émotion, des sensations. Une simplicité se dégage de ton récit grâce à elle entre autres. C'est je crois, cette simplicité qui permet l'identification au personnage principal. Tout simplement car tu suis un rythme proche "de la vie". Il ne se passe rien de mieux, rien de plus rapide non plus dans la vie en général. Tu peux au contraire affirmer cette lenteur et l'exploiter davantage. T'appuyer dessus pour gagner dans le traitement des émotions et mieux opposer lenteur/tourments intérieurs de l'ado. C'est si proche de l'adolescence et des tourments amoureux tout ça. Les tourments intérieurs, impression de bouillir//pesanteur de la vie où il ne se passe pas grand chose, ou tout est lent. Puis, avec le narrateur, gagner en opposition regret/effort de souvenir//lenteur de vie où il ne se passe toujours pas grand chose et affirmer la nécessité de revenir sur un lieu, d'en tirer des conclusions. Ce serait une erreur, je crois, de changer le rythme de ton histoire. Ce serait passer à côté de ce que tu veux dire, il me semble. Tu pourrais peut-être davantage jouer sur les sens pour enrichir le souvenir. Tu l'esquisses mais tu peux aller plus loin. Tu peux parfois visuellement mieux intégrer les souvenirs aussi. Trouver des procédés plus souples pour les transitions entre réalité et souvenir. Le découpage est bon mais peut-être qu'il y a qq chose de plus riche à faire avec les perspectives, mouvements de perso. Tu le proposes souvent en plus. Mais je sais que tu peux aller encore plus loin dans le traitement visuel de l'émotion. Bref, je t'engagerais à rendre l'ensemble plus sensuel dans le traitement, à ne pas passer par des raccourcis d'expression ou mouvements mais à toujours les travailler de façon égale, à gagner en légèreté (ce que tu as l'air de faire en ce moment et ce qui te permettra aussi de gagner en fluidité) mais nettement pas en rapidité et surtout pour l'instant à coucher ce qui te vient en tête au niveau des souvenirs. Et c'est là aussi le gros point que j'admire, cet effort de mémoire qui donne une impression (feinte ou pas, ce n'est pas le propos) d'honnêteté. Ce que tu fais est très fort. On a tendance à te parler de ton dessin en permanence, moi la première, mais il y a un vrai talent narratif dans EdL même s'il est encore à l'état brut. Tu ne peux pas te souvenir et retravailler à fond d'emblée le souvenir, tu y perdrais en spontanéité et en honnêteté. Tu affineras ton propos, comme tu as l'intention de la faire, par la suite. Chaque chose en son temps. Voilà :-) pour conclure, ne lâche surtout pas ce projet. Continue-le comme cela te semble juste (prends du recul même avec ma critique-c'est juste mon ressenti, pas une vérité implacable). Tu sais ce que tu fais c'est évident et tu as un regard droit sur ton travail. Je sais qu'une fois EdL posé en entier, tu sauras affiner ton propos de sorte à le rendre percutant ou simplement évident. Et je sais aussi qu'on sera plusieurs à aller l'acheter à ce moment-là.
Depuis que j'ai découvert ce projet de BD, j'en suis devenu accro. Le sujet, bien que narcissique, est tellement bien mené, bien maitrisé et réfléchi qu'on se laisse raconter l'histoire qui semble avoir été vécu universellement. Mais plus loin que ça, l'immersion est totale, nous devenons monsieur to et n'importe quel lecteur tomberait amoureux de cette Julie, son acte manqué. Le traité en niveau de gris rend superbement le côté nostalgique, onirique de l'histoire, que toutes couleurs paraitraient superflu. La maitrise du dessin, le découpage, rien n'est a reprocher a cette BD techniquement parlant. Le scénario, la trame sont très bien ficelés, je ne me perd jamais, à chaque nouvelle planche j'oublie mes tracas quotidien pour suivre avec plaisir l'histoire qui nous est raconté. La ou j'ai peur, c'est de rester sur ma faim ... à la fin.
Au risque de passer pour un commentateur laconique, je suis un vieux groupie de Monsieur Toto : j'ai d'abord été emballé par son trait élégant, les postures de ses personnages... et que dire du ton qu'il emploie pour cette BD, fait de petits riens, et dans lesquels on se reconnaît :)
Bon y'a de bons dessins , mais au niveau du scenario je vais avouer que je me suis fait relativement ennuyé, il n'y a pas d'élément perturbateur , je pense que c'est possible de faire une BD sentimentale tout en y mettant un minimum d'action , donc j'ai lu en entier m'enfin bon ... L'ambiance grisâtre un peut somnolente n'améliore rien . C'est aussi sûrement dû au fait que les histoires d'amour tout ça , ça me saoule ...
Il n'y a rien a redire sur le dessin ou sur la gestion des lumières, c'est tout bonnement magnifique. Replonger dans les années lycée est un vrai enchantement, et on s'identifie vite, d'une manière ou d'une autre, au personnage. Cependant, ça traîne terriblement : le traiter sous la forme de souvenirs est sympa, mais ça donne parfois un effet de décousu. C'est pas parce qu'on veut raconter des évènements épars qu'il en faut oublier une ligne dramatique. C'est un défaut qu'on retrouve dans "Fin du monde...", mais la façon dont tu traites ton univers à chaque fois permet bien vite de l'oublier. En voyant la couverture, je pensais que tu allais traiter le présent en noir et blanc et les souvenirs en couleur, ce qui je pense dynamiserait peut-être le récit, mais perdrait en charme nostalgique. Quand on voit ce dont tu es capable sur l'artbook, on en regretterait presque le noir et blanc. On reste toutefois accroché jusqu'au bout, tant le visuel et la narration restent soignés. J'attends de voir la suite, et surtout la conclusion de cette histoire.