Olivier, cet album est totalement réalisé avec de l'aquarelle, ce qui est assez rare en BD, travailles-tu exclusivement de cette façon ou bien est-ce le scénario qui t'as donné cette envie?
Olivier B. : En fait, je ne pense pas que cela soit si rare. J'ai juste beaucoup de fascination pour ce medium. Je me suis lancé sur ce projet d'album avec Joseph juste après ma sortie de l'école Emile Cohl, une école que j'avais choisie à la base pour avoir le plus de clés et de connaissances possibles en dessin. C'était un peu le moyen pour moi de mettre en application mes quatre années d'études. C'était aussi le défi de tenter de me démarquer en cherchant une écriture personnelle. Et comme l'aquarelle est une technique que l'on ne contrôle jamais vraiment à 100 %, il y avait une part d'imprévu assez excitante. J'essaie cependant de ne pas m'arrêter là, d'observer le monde autour de moi, de lire des bd. C'est un travail de chaque instant. Nous avons très vite sympathisé avec Joseph et il paraissait clair que si on bossait ensemble, il fallait mettre les ingrédients de chacun. Le scénario qu'il m'a envoyé collait exactement à mon univers, je pouvais me défouler à dessiner des gratte-ciels en écoutant du John Coltrane toute la nuit !
Quelles sont tes références, et les œuvres dont tu t'inspires ?
Olivier B. : Evidemment, celui qui m'a vraiment donné envie de faire ce métier, c'est Nicolas de Crécy. J'ai tellement rêvé en regardant ses images que je m'en suis forcément imprégné. Mais comme je le disais plus haut, ce travail est une quête de tous les instants, alors souvent je me replonge dans du Moebius, Tardi, Munoz et Sampayo, Gipi, Blain, etc. J'essaie aussi de trouver un parallèle entre la musique et le dessin, d’avoir la même liberté que lorsqu'on improvise sur un morceau de jazz. Je lis, je regarde, je vais voir des expos, des concerts. Tout ce qui nous entoure peut être une nourriture dans ce monde étrange de la bande dessinée que je commence tout juste à découvrir.
Joseph, tu mets en scène un "requin" de la télévision, prêt à tout pour sauver sa carrière, au désespoir des participants de ses émissions. Comment l'idée d'aborder ce thème est-elle venue ?
Joseph S. : L'idée d'un sale type qui bosse dans les médias, est venue en parlant avec Olivier. Après, ce n'est finalement pas le vrai sujet de l'histoire. Stan crée des émissions un peu moches, il est prêt à détruire des gens, mais au fond, c'est quelqu'un qui recherche une forme d’honnêteté, qui teste « l’humanité ». Ce n’est pas un gros salaud qui s'amuse gratuitement avec ses proies. Il teste leur honnêteté, il méprise les participants qui sont assez avides et idiots pour jouer le jeu, perdre (gros en général), et ne pas assumer leur choix ensuite. Il n'oblige jamais personne à participer à ses émissions. Il recherche une forme de vérité chez les autres, et chez lui. En gros, il aurait très bien pu être trader ou clown, avec les mêmes doutes, et le même combat. C'est quelqu'un qui n'a plus aucune empathie pour la faiblesse humaine.
Comment la collaboration avec Olivier s'est-elle passée ?
Joseph S. : Je lui ai envoyé un scénario où il avait la liberté de gérer le rythme et les cadrages sans suivre un découpage trop précis. Après on s'est beaucoup vu, beaucoup appelé. On est allé écouter du jazz à Paris, on est parti sans payer. On s’est fait poursuivre par les flics en plein Châtelet. Il m'a souvent suggéré des idées pour enrichir le scénario. Quand il doutait, je lui tenais la main, quand je doutais, il me jouait du saxophone (il est très doué).