Laurence, après un premier album inspiré d'une fiction Les Mondes Perdus de Conan Doyle, tu décris dans Tatanic le quotidien d'une bande de jeunes des cités dans une perspective presque sociologique. Pourquoi t'être engagée dans un scénario si différent?
L. Tramaux : L'idée originale des Mondes perdus de Conan Doyle m'a été proposée par le dessinateur, Patrick Deubelbeiss. Il avait déjà adapté Le monde perdu de MapleWhite en BD et s'était attaché au personnage principal, Challenger. Au contraire, Tatanic est un scénario très personnel, que je couvais depuis plusieurs années. Que le sujet d'une BD vienne de moi ou non m'importe peu. En tant que scénariste, je m'intéresse à tout, et je ne comprends pas l'opposition des genres. Je suis également auteur de BD de communication, dont les sujets sont bien sûr imposés, et, même si ça parle de foot ou de diabète, j'y trouve toujours un intérêt, humain ou social... Certains sujets de fond, comme l'écologie, me tiennent plus à cœur que d'autres, mais j'aime aussi beaucoup la comédie, et quand je ris en écrivant, je me dis que le lecteur rira aussi.
Comment as-tu fait pour te familiariser avec l'univers de ces jeunes de banlieue, leurs comportements, leur langage? D'où tiens-tu cette expérience?
L. Tramaux : J'ai fréquenté pendant quelques années des amis qui vivaient en banlieue nord. J'habitais Paris, mais j'ai fait de vraies incursions dans leur monde, assez longtemps pour vivre leur vie, les connaître et les comprendre. Ce qui m'a tout de suite fascinée, c'est qu'à 20 km de Paris, il existe un monde parallèle, très différent des milieux intellectuels du Marais ou de Saint Germain, dans lequel les règles et les perspectives n'ont rien à voir. Pour les jeunes, la vie y est plus brute, voire brutale ; l'horizon se limite au quartier, et l'avenir au très court terme. L'histoire de Tatanic est directement inspirée de cette expérience, de ce que j'ai vécu, vu ou entendu, et la plupart des péripéties des héros sont vraiment arrivées. Je n'ai fait que les retranscrire, en articulant les scènes entre elles, en prêtant parfois les traits de caractère ou les méfaits de certains personnages à d'autres et bien sûr, en changeant les noms des lieux et des personnages.
Tom, avec Laurence tu retrouves les thématiques réalistes et sociales du Monstre (scénarisé par Joseph Safieddine, éditions manolosanctis), comment ton travail a-t-il évolué entre ces deux albums?
Tom : D'un point de vue technique, je suis retourné vers la méthode traditionnelle. J'utilise toujours l'ordinateur, notamment pour la couleur, mais j'ai vraiment apprécié de retrouver le papier, l'aquarelle et le crayon. En ce qui concerne le contenu, je pensais au départ partir sur quelque chose de complètement différent, mais c'est vrai qu'on peut retrouver ce coté "chronique sociale". Moi même je me rends compte que je vais instinctivement vers ce genre d'histoire, j'ai d'ailleurs plusieurs projets dans ce sens. En revanche, il y a vraiment une différence de ton, et je suis passé d'un drame intimiste à une comédie pour les ados-adultes, je ne suis pas sûr que ces deux livres touchent le même public. J'ai envie d'aborder un peu tous les genres, mais je suis heureux qu'on puisse y trouver un fond commun malgré le fait que je travaille avec des scénaristes différents.